Olivier Rocabois – Olivier Rocabois Goes Too Far

Olivier Rocabois a choisi de poursuivre sa voie en solo il y a deux ans. Avec ce premier album signé sous son nom, l’auteur, compositeur, interprète, arrangeur et producteur s’est livré à un véritable travail d’orfèvre et nous offre sur un plateau doré un joyau de pop illuminée.

Sortie le 2 avril 2021.

Sur la pochette du disque (photo d’Alain Bibal, dessin et typographie de Pascal Blua), on voit Olivier Rocabois au sortir d’un immeuble, le regard rêveur tourné vers le ciel, prêt à gravir des montagnes. Avant même de l’écouter, ce disque invite à renouer avec le format vinyle, d’abord pour la beauté de l’objet mais aussi pour mieux apprécier le programme proposé : une première face orientée vers la pop luxuriante de facture plutôt classique. Une deuxième face dédiée à un opéra glam pop plus exubérant.

Une fois le diamant posé sur le microsillon, autant l’annoncer tout de go, l’évidence est là : Olivier Rocabois connaît sur le bout des doigts son David Bowie, ses Beach Boys, ses Beatles et ses Kinks, mais aussi l’indie pop anglaise plus récente sertie d’arrangements classieux, de Suede à Divine Comedy en passant par les Boo Radleys. Des influences que l’on entendait également sur Absolute Poetry, l’album du trio parisien All If sorti en 2017, avant qu’Olivier Rocabois ne choisisse de poursuivre sa route en solo. Mais sa personnalité bouillonnante et insoumise apporte à son entreprise une spontanéité et une fantaisie qui l’éloignent des travers du bon élève, trop besogneux pour être honnête. D’ailleurs, son intention n’est pas de caresser l’auditeur dans le sens du poil. Il prévient : « A l’écoute de ce disque, on devine les atours du classicisme, mais à y regarder de plus près, on décèle toujours une étrangeté, une bizarrerie : je vise les aspérités ».

L’album commence par le bruit des vagues (littéralement, The sound of the waves), un clavier sautillant et des cuivres emportant avec eux un souffle primesautier. Il se termine avec des chants d’oiseaux comme s’achève une chaude journée d’été. Entre les deux, neuf chansons de pop baroque s’enchaînent dans un même élan en tissant une toile haute en couleurs. On a du mal à imaginer que ce disque a été réalisé dans des temps contraints, contrariés, limités tant il respire la mer et le vent. Il s’avère un véritable antidote aux confinements successifs, exhale un parfum d’insouciance et d’insolence dont l’empreinte demeure bien au-delà de son écoute.

Marquées par une grande richesse orchestrale, ces chansons sont portées par une liste impressionnante d’instruments : Mellotron, marimbas, trompette et bugle, timbales, cloches tubulaires, gong, Hammond, clavecin, piano… agrémentées de la participation de six musiciens de cordes (4 violonistes, 1 altiste, 1 violoncelliste) et de plusieurs invités, dont le compositeur anglais John Howard avec lequel Olivier Rocabois partage un superbe duo, Tonight I Need. Située au milieu de la setlist, cette chanson lumineuse émerge fièrement comme un sommet avec son intro au piano et son chant délicat rappelant la grâce de Paul McCartney. Helen Ferguson (Queen of the Meadow) est venue apporter sa voix sur la baroque Let Me Laugh Like A Drunk Witch qui se conclue par des chœurs Beach Boys. Tandis qu’Olivier Popincourt intervient à la guitare sur Hometown Boys, « Un tendre hommage à mes amis d’enfance » rendu sous une pluie de cordes (« I miss your smile, your wit and your laughter, I will love you till death do us part »).

Mais la pièce maîtresse de cet opus, son point culminant surgit avec My Wounds Started Healing pour clôturer cet album brillamment. Un morceau de 6’47, que dis-je… une épopée-pop en 3 actes démarrant comme un opéra pop sur des violons endiablés, des accents glam dans le chant. La 2° partie nous entraîne dans une ambiance cinématographique du côté de chez Michel Legrand, avec son piano et ses cordes qui tutoient les étoiles. Tandis que le dernier acte s’enchaîne sans prévenir sur une guitare acoustique apaisée lorgnant vers David Bowie circa 1972.

Olivier Rocabois n’est pas allé trop loin, il a réalisé sa « symphonie de poche », le fameux rêve musical et spirituel de Brian Wilson qui s’est incarné avec Pet Sounds. Si Olivier Rocabois Goes Too Far est une œuvre ambitieuse affichant sans rougir des standards musicaux élevés, il s’agit avant tout d’un disque solaire, joyeux et affranchi, dont la gaîté contagieuse nous donne envie d’escalader L’Everest. Souhaitons à notre homme orchestre d’aller encore plus loin, toujours plus haut…

Acoustic Kitty/ Differ-Ant

Crédit photo : Alain Bibal

Discographie :

Ship Of Women / Somewhere In A Nightmare (45T) (2019)
Absolute Poetry (LP) (2017)
Absolute Poetry (EP) (2015)
Perverted Actor / Full Circle (45T) (2012)
The Freedom Of Discipline (EP) (2012)

Pour écouter l’album :

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