Departure Lounge – Transmeridian

Ces quatre musiciens n’en sont pas à leur coup d’essai. Après quasiment 20 ans d’absence, le groupe anglais nous offre le plaisir de revenir avec Transmeridian, l’album de la maturité, une sorte de condensé très réussi de leur carrière.

Sortie le 26 Mars 2021.

Departure Lounge, groupe originaire du Royaume-Uni, se compose de Tim Keegan (chant, guitare), Chris Anderson (claviers, guitare, saxophone, chant), Lindsay Jamieson (batterie, piano, flûte, chant), Jake Kyle (basse, contrebasse, trompette). Ils ont officié activement entre 1998 et 2002. Après le split du groupe, cela n’a pas empêché Tim Keegan de réaliser deux albums solos en 2007 et 2015 ou bien d’accompagner Robyn Hitchcock sur scène. Pour célébrer les 20 ans de leur album Out Of Here, les 4 membres décident de se retrouver sur scène pour quelques concerts à Londres en 2019 et dans la foulée, enregistrent en 4 jours ce Transmeridian sans l’avoir prémédité !

Transmeridian sort chez Violette Records, label parisien aux goûts très affûtés et aux choix bien ciselés. Un album entre ombre et lumière, entre chien et loup, un périple entre l’Angleterre et les vastes paysages d’Amérique. Une palette de couleurs différentes dévoilée tout au long du disque où alternent les morceaux chantés plus ou moins pop et les instrumentaux cinématiques d’où le titre de cet opus, une traversée de plusieurs méridiens induisant à la variété des sens.

On démarre avec Antelope Winnebago Club, une intro qui pourrait très bien figurer sur Ambient 2 (The Plateaux Of Mirror) de Brian Eno et d’Harold Budd, peut-être un hommage à ce dernier disparu dernièrement. Une façon de nous plonger dans une humeur contemplative, l’une des facettes de ce disque. Australia, le dernier single en date apparaît comme le tube de l’album, d’une évidence implacable comme si on l’avait déjà entendu auparavant. Tim Keegan, surpris par la ressemblance avec R.E.M. a même demandé à Peter Buck, le guitariste du groupe, de sceller ce morceau de son empreinte indélébile.

Timber s’avère être une belle ballade pleine d’émotions où la voix de Tim Keegan, comme très proche de nous, nous fait partager l’histoire de quelqu’un errant à la recherche de l’endroit où il veut vivre et nous parle de solitude en fond. « Your house is made of timber, I know you wanted stone, do you ever wonder what it’s like to be alone ? When you finally get there, who you’re going to see ? Will it be me ? ». Puis s’enchaîne le merveilleux instrumental Harvest Mood (clin d’œil à Neil Young, un autre habitué des grandes étendues ?). Le titre nous renvoie à l’album Jetlag Dreams et délivre un magnifique piano qui égrène ses notes tout en délicatesse et en poésie, pour nous emplir d’une douce nostalgie comme si un film émouvant venait de se terminer sous nos yeux.

Un rythme de batterie qui galope habilement dompté par le clavier de Chris Anderson et un refrain entêtant, c’est l’enlevé Mercury In Retrograde. Une expression typiquement anglaise traduisant l’absurdité de certaines situations et à en croire le narrateur, la confusion et l’incompréhension le gagnent : « Can anybody hear what I’m thinking ? Up to the surface and already sinking, incompatible, incomplete ». Al Aire Libre, dans un autre registre instrumental nous emmène au détour des canyons du désert avec sa ritournelle sifflée à la Morricone et sa trompette à la Calexico.

Mr. Friendly reste le morceau le plus poppy donc le plus british de l’album, un peu comme si Oasis et The La’s avaient décidé de reprendre du service et répétaient ensemble. Certainement la note la plus lumineuse pour ouvrir cette deuxième face qui s’achèvera dans une tonalité plus crépusculaire. Paging Marco Polo et Frédéric’s Ghost s’enchaînent comme une suite avec ce piano donnant une ossature aux morceaux, le premier est délicieusement rêveur et le second, comme son titre l’indique, beaucoup plus fantomatique.

Le morceau Don’t Be afraid possède des accents d’Imagine de John Lennon et des réminiscences à la Mercury Rev, peut-être à cause du piano et également du message d’espoir contenu dans cette chanson : « You’ve made mistakes, nothing is lost, you’ll find your friends…We all come from love, we’ll never leave you, we’ll leave a light on… We love you forever… Don’t be afraid ». L’album s’achève par So Long, ballade délicatement nostalgique où Tim Keegan se confit tendrement comme à un ami qu’il n’a pas envie de quitter : « So many things we’re going to do, we haven’t talked about them for a year or two, the night is fading toward the light and I can’t wait till the morning, it has been so long, so long… ».

Pour finir, comment ne pas parler de la magnifique pochette signée Pascal Blua, prince de l’artwork, qui a très bien su capter l’ambiance du disque avec cette photo, comme si l’on observait les lumières de la ville sorti d’un rêve un peu trouble, les yeux embués, quelques larmes auraient coulé sur celle-ci. Selon les propos de son concepteur, le résultat vient de la recherche d’un feeling à la « Lost in Translation » que la musique lui inspirait.

Transmeridian se révèle être un bel album de contrastes, chargé d’émotions diverses sur lequel il paraît difficile de mettre des mots tant les images surgissent à son écoute. Qu’importe, chacun fera sa propre interprétation selon son ressenti. Ces retrouvailles avec Departure Lounge (salle d’embarquement) font plaisir à entendre et représentent une nouvelle étape dans le voyage que nous faisons toutes et tous dans les méandres de la vie.

Violette Records

Crédit photo : Jim Kirby

Discographie :

Transmeridian (2021)

Too Late To Die Young (2002)

Jetlag Dreams (2001)

Out Of Here (1999)

Pour écouter l’album :

https://violetterecords.com/artist/departure-lounge/embed/#?secret=Kj9RSwgfN2

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