Arab Strap / As Days Get Dark

Seize ans après leur dernier album Last Romance, le mythique duo écossais Aidan Moffat et Malcolm Middleton se reforme pour nous offrir un cadeau inespéré : un album majestueux et intimiste.

Sortie le 5 mars 2021.

Depuis 26 ans, la singularité d’Arab Strap leur a permis de se placer en bonne place parmi le classement des groupes cultes indés. Né en 1995, le duo formé de ces deux amis d’enfance, compte 6 albums à son actif. Après une séparation en 2006, sans amertume ni clash, avec juste la certitude d’avoir fait le tour de ce qu’ils pouvaient créer ensemble. Le combo s’est tout de même retrouvé en 2017 pour des concerts européens sans que l’idée d’une nouvelle collaboration musicale ne soit pour autant envisagée.

Dès le premier morceau d’As Days Get Dark, The Turning Of Our Bones, il paraît difficile de ne pas se retrouver happé dans le tourbillon de la mélodie aux beats entêtants, tout ému de retrouver le son de nos vieux complices musicaux, amenant tout de même une certaine nouveauté du côté des sonorités électro. Pour le texte, les paroles incarnent un rituel malgache, exhumant les os des défunts pour les habiller et danser autour, une métaphore évidente de l’amour et la romance pour le chanteur. Adepte des livres sur la façon d’aborder la mort dans tous les pays, c’est exactement « le genre de conneries qu’il aime lire » admet il en riant.

Compersion, Pt.1 s’avère également une vraie réussite, tant au niveau du riff mélodieux que du chant parfaitement maîtrisé d’Aidan Moffat, capable de s’adapter à tous les registres dans les chansons, dévoilant toute sa palette de sentiments, comme la colère, l’amour ou l’espoir.

Dans cet album, le groupe nous aspire dans de véritables contes, entre couplets parlés et chantés. Non pas des contes de fées à envisager évidemment avec Arab Strap mais, vu le titre de l’album, des contes de vies trash, traversés comme des chapitres, sur des récits, des fables, des balades sur les multiples problèmes rencontrés par nos semblables, de la xénophobie aux perversions diverses en passant par le vieillissement et le désespoir. Des nouvelles de paumés divers et variés, avec en fond de nombreuses références culturelles à la mythologie et rites autour de l’idée de la mort.

Des compositions recherchées et sophistiquées créées par le talentueux Malcolm Midleton aux textes travaillés entre poésie, réalisme et irradiant musicalement une émotion peu commune, magnifiés par la voix inchangée, profonde et habitée d’Adrian Moffat.

Plus Rock, Here Comes Comus amène encore une autre facette de l’étendue musicale du disque. Tout comme à l’opposé I Was Once a Weak Man nous ramène aux sources sonores du groupe, à la base de la construction de leur style unique et reconnaissable dès les premières notes. Là, phrases parlées, violons celtes, électro et rock écossais se mêlent habilement pour réaliser un titre original.

La douce amère Bluebird, joyau pop et solaire, surprend également par sa touchante simplicité et son efficacité pour aller droit au cœur. Sous ses faux airs de balade romantique transparaît une réflexion désabusée sur les relations malsaines des réseaux sociaux et la dépendance qu’ils peuvent créer, expérience vécue par le chanteur.

Tears On Tour avec sa mélodie pop, lancinante et mélancolique se termine sur un solo magnifique de guitares et de claviers. Égrener les différents morceaux de l’album s’apparente à dénicher un véritable trésor musical…

As Days Get Dark se finit sur la poignante Just Enough, un message d’urgence et d’amour à la fois : une façon de nous rappeler qu’Arab Strap, duo de génie, a toujours sa place parmi les groupes majeurs, capables de se renouveler avec des arrangements forts et une émotion toujours intactes. Un miracle musical l’intégrant directement comme l’un des meilleurs albums de l’année ? Oui, sans nul doute.

Rock Action Records

Crédit photo : Kat Gollack

Discographie :

The Week Never Starts Round Here (1996)

Philophobia (1998)

Elephant Shoe (1999)

The Red Thread (2001)

Monday At The Hug And Pint (2003)

The Last Romance (2005)

As Days Get Dark (2021)

Pour écouter l’album :

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