Casper Iskov, le magicien venu du froid

Intriguée par des reprises d’une qualité remarquable publiées sur sa page Youtube, je me suis penchée sur le parcours de ce jeune danois, multi-instrumentiste aux multiples projets, à la veille de la sortie d’un EP avec son nouveau groupe, Black Ethics.

Sur sa page YouTube Sonic Daydream qui compte plus de six mille abonnés, on trouve environ 90 reprises acoustiques de Ride, Oasis, Adorable, My Bloody Valentine… et d’une multitude de groupes aux univers très éloignés, présentées dans un désordre artistique. Des chansons originales figurent aussi sous les noms de Petrichor, Love Talk ou de Casper Iskov.

Casper Iskov a 25 ans. Ce multi-instrumentiste autodidacte né dans la campagne danoise s’est installé récemment à Copenhague, dans un pays où « la culture mainstream est plutôt ennuyeuse » et devenue « totalement sans vie » dans le contexte lié à la crise sanitaire. Il a fait ses premiers pas à la batterie vers l’âge de 4 ans mais il a vite compris qu’il serait plus facile de jouer des chansons pour les autres à la guitare ou au piano. Il a donc appris la guitare à 6 ans. A 12 ans, il a commencé à écrire ses propres textes.

Ayant grandi dans les années 90, la musique de cette décennie a façonné sa manière d’appréhender la guitare. La majorité de ses reprises visent des groupes de cette faste période. Quand on lui demande pourquoi il a repris tant de groupes shoegaze, il répond que c’est venu « d’un pari avec lui-même ». « Partir de chansons qui ont un son puissant, dont il est quasiment impossible de savoir comment elles sont jouées, essayer de les recréer acoustique en utilisant uniquement une suite d’accords me paraissait très excitant. Et bien sûr, la plupart de ces chansons, cachées sous des couches de distorsions, sont de grandes chansons pop ».

Si l’on considère qu’une reprise est réussie quand elle parvient à préserver l’esprit original tout en se réappropriant la chanson au point de faire naître quelque chose de personnel, ses reprises de Slowdive se révèlent excellentes, renversantes…

C’est avec un titre de Ride (Sennen) qu’il a commencé à s’enregistrer sur YouTube en 2014. Par chance, sa voix singulière a un timbre qui s’accorde parfaitement avec tous les répertoires, lui permettant de couvrir aisément des registres très variés allant des années 80 (Duran Duran, Depeche Mode…) à une période plus récente (Brian Jonestown Massacre) en passant par les années 2000 (notamment une étonnante cover du groupe britannique The 1975, Then because she goes).

A l’écoute de ces reprises, j’ai été frappée par leur finesse et leur justesse. Casper a le don de magnifier une chanson tout en conservant sa « substantifique moelle », sans en dénaturer le propos. Si l’on écoute Alewife de Clairo puis l’on enchaîne avec ce qu’elle est devenue entre ses mains, on ne peut s’empêcher de penser qu’il a le pouvoir de transformer tout ce qu’il touche en or.

Techniquement, il utilise en général deux pistes, une sur laquelle il joue et chante pour la vidéo, et une deuxième pour enregistrer une autre partie de guitare et les backing vocals. Mais le jeune magicien aux boucles blondes crée aussi ses propres chansons. Prolifique, il multiplie les expériences musicales.

Parmi ses projets personnels, citons Petrichor, fondé avec son amie Monika Kritsanika. Tous les titres de l’album ont été conçus dans le studio d’enregistrement en deux jours, sans préparation ni idée préconçue. En 2017, est sorti sous son nom un EP, In Remembrance, accompagné d’un film vidéo de style expérimental comme la musique qu’il illustre, traversée par des incursions shoegaze et des fulgurances soniques. Ces chansons mettent en exergue sa maturité artistique, une maîtrise et une fine connaissance de la musique étonnantes pour son jeune âge. La même année, il a publié avec Love Talk plusieurs titres dont le grungy Her name is Jenny qui n’aurait pas dépareillé en 1992. Et le superbe Comforting Razorblade sur lequel plane l’influence de Ride.

Pour l’heure, son prochain projet se nomme Black Ethics. Leur premier EP est prévu pour le 28 mai prochain, un premier single sera publié le 12 mars chez WAS Entertainement.

Quand on lui demande comment il envisage la sortie de la crise sanitaire, il nous répond avec son humour froid : « Je pense que les gens vont devenir fou furieux quand on va revenir à une situation normale. On va se retrouver en 1994, les gens vont sauter dans tous les sens comme s’ils étaient sur un trampoline ». Si Casper a aussi le don de prévoir l’avenir, on a hâte de retourner en 1994 !

Crédit photo : D.R.

Discographie :

Petrichor – Another Irrelevant Question Regarding The Personal Wellbeing (2018)

Casper Iskov – In Remembrance (2017)

Love Talk – Her Name Is Jenny / Live at Scene 7 (2017)

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