Jean-Louis Bergère

Jean-Louis Bergère apparaît comme un objet non identifié musical tombé sur notre planète, avec pourtant quatre albums déjà à son actif, dont le dernier et magnifique Ce qui Demeure, sorti en 2019. Parcours d’un sorcier du son, des mots, du chant, de la poésie et de l’âme.

Tellement de belles choses ont déjà été publiées par la presse spécialisée sur ce personnage à part, qu’il est difficile de se persuader qu’on arrivera à mieux faire en commençant un article. L’univers de Jean-Louis Bergère apparaît à la fois onirique et contemplatif, ce qui fait que ceux qui y seront sensibles et pourront y accéder, en comprenant son concept de la musique, ne pourront que tomber sous son charme.

Pour travailler sur l’un des ces projets, l’artiste compose et écrit une base guitare ou piano/voix pour la transmettre ensuite à ses musiciens afin de commencer un travail en groupe. Pour la suite, il admet être « Peu directif d’une façon générale et je m’appuie beaucoup sur les compétences des musiciens avec qui je travaille. On cherche ensemble et on expérimente pas mal. J’ai la chance de travailler avec d’excellents musiciens, créatifs et inspirés, connaissant bien mon univers et qui se sentent concernés par le projet artistique. C’est primordial. Il faut du temps pour constituer l’équipe idéale. C’est un atout précieux. Avec Blaise Desol (guitares), Hervé Moquet (basses) et Evelyne Chauveau (voix et claviers), le noyau dur du groupe, on se connaît bien, on s’apprécie ». Sont venus se rajouter sur Ce qui Demeure, son dernier album, Franck Durand (batterie, percussions) et Jean Baptiste Noujaim (violoncelle).

Jean-Louis Bergère s’avère capable par les mots ou les sonorités d’apporter mélancolie ou promesse. Il a souvent été comparé à un peintre pouvant rajouter une touche d’émotion sur sa façon de chanter, sur un instrument, sur une note. Rien n’est jamais laissé au hasard, ce qui donne au final une œuvre impressionniste. Jean-Louis, tel un ange gardien musical a le pouvoir de capter l’émotion en son et d’inviter à une contemplation auditive. Grâce à des arrangements superbes et toujours maîtrisés. A l’image du clip du titre Ce qui Demeure, d’une sensibilité bouleversante et dont l’illustration représente une parfaite mise en abîme de sa musique.

A l’écoute des titres de Jean-Louis Bergère, le ressenti émotionnel se révèle souvent intense. En découvrant son parcours, rien de vraiment étonnant de savoir que tout remonte pour lui aux sources, à l’adolescence, quand l’écriture devient un refuge face aux difficultés de la vie. La trompette puis la guitare viendront définitivement l’enfermer dans son monde musical. Le jeune homme découvre avec émerveillement Neil Young, Pink Floyd, Bob Dylan, les Rolling Stones, Patti Smith, Led Zeppelin, Lou Reed, Leonard Cohen et tant d’autres, dénichés chez le disquaire, un casque rivé sur les oreilles pendant des heures… et il enregistre ses premiers titres inspirés de la pop rock anglo-saxonne dans sa chambre. Le piano se rajoute.

S’ensuit un parcours pas toujours simple, jalonné de bars, où il reprend Alain Souchon, Alain Bashung, Charlélie Couture, Léo Ferré ou Yves Simon. En 1988, il rencontre Léo Ferré qui l’encourage à continuer dans la musique. Une entrevue fondatrice pour le débutant le considérant comme un maître absolu. Les choses commencent en 1990, avec une participation sur une compilation du groupe Ange. Le compositeur se lance par la suite en décidant de mettre en forme ses créations avec des musiciens. Son premier album Une Définition du Temps sort en 2002.

Passionné de Rimbaud, Jean-Louis Bergère aime les mots et les textes, l’écriture et la littérature. Son premier album s’inspire d’ailleurs d’un livre de l’astrophysicien Stephen Hawking. Et pour la poésie, récurrente dans ses disques, il incarne aussi « le » vrai poète puisqu’il écrit en parallèle des textes pour des recueils de poésie. Côté famille musicale, Dominique A, Jean-Louis Murat, Christophe et Alain Bashung l’ont toujours accompagné musicalement mais Bertrand Belin, Julien Orso Jesenska, Fred Signac, Filip Chrétien, Lou et La Rive font partie des artistes qu’il aime aussi aujourd’hui.

Son œuvre raconte le parcours de sa vie et les changements qui en découlent, décortiquant, tel un entomologiste des sons, chaque sensation à en extraire « Chaque album est une photo sonore de l’instant T dans lequel il est réalisé. Instant temporel de vie, d’époque. L’expression de mon travail est nourrie le plus souvent par ce qui me traverse au plus profond. C’est ce qui me paraît essentiel dans mon travail, cette retranscription du sensible, de l’émotion ».

Pour une notoriété, l’artiste n’accepte pas trop de compromissions, pas de titre pour être sur le devant de la scène mais un vrai projet musical comme un album, nécessitant du temps, de la recherche, de la réflexion, de la maturation et un droit à la lenteur. Un mode de fonctionnement diamétralement opposé à l’époque. « Dans les maisons de disques, on ne mise plus sur la qualité d’un artiste et sur le temps nécessaire qu’il lui faudra pour être reconnu. C’est terminé. Ce qui compte là encore, c’est la rentabilité à court terme ». Aujourd’hui, Jean-Louis attend surtout de pouvoir enfin présenter son dernier album Ce Qui Demeure sur scène, tous les spectacles ayant été annulés cette année. Un beau projet décalé en 2021.

De prestigieuses critiques ont heureusement reconnu la valeur artistique de Jean-Louis Bergère, mais, pour autant, cet authentique artisan de la musique reste encore trop dans l’ombre. Une véritable personnalité comme il devient très difficile d’en trouver, rare et précieuse. Porteur d’un concept décalé à notre époque où tout doit aller trop vite. Un poète des temps modernes, une espèce en voie de disparition à sauvegarder absolument.

Crédit Photo : Jérôme Sevrette.

Propos repris de l’interview de Jean-Louis Bergère dans le webzine Hexagone : http://hexagone.me/2016/01/jean-louis-bergere/

Discographie :

Ce qui demeure (2019)

Demain de nuits de jours (2013)

Au lit d’herbes rouges (2006)

Une définition du temps (2001)

Pour écouter son dernier album Tout ce qui demeure :

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