My Raining Stars – Obvious Reasons

Pour nous faire patienter jusqu’à la sortie de son prochain album, My Raining Stars nous livre aujourd’hui un EP, Obvious Reasons. Six chansons conçues au départ dans un esprit récréatif, qui nous ont conquis par leurs mélodies accrocheuses et leur charme intemporel.

EP Digital – Sortie le 28 novembre 2020.

Depuis la parution fin 2008 du premier album de My Raining Stars intitulé From St Saviour To Quickwell, Thierry Haliniak gratifie la toile de ses nouvelles compositions, en pointillé. Ce premier disque, arrangé par les soins de son ami Didier du groupe E-Grand, était marqué par ses amours de jeunesse, de Sarah Records à la britpop en passant par la pop shoegaze. Rappelons qu’avant de créer My Raining Stars en 1999, Thierry et Didier officiaient dans une autre formation qui répondait au nom évocateur de Nothing To Be Done. Durant la première moitié des années 90, ils ont assuré la première partie de groupes tant admirés comme Adorable, Moose ou encore les Boo Radleys.

Demeurant seul à bord du navire, Thierry Haliniak poursuit sa traversée avec constance et patience, un second album sur la ligne de mire. Quand, il y a quelques mois, son ami Gilles Ramey lui propose plusieurs textes de sa composition, Thierry décide de les mettre en musique. Dans ces mots désenchantés, il est question « du rapport à l’autre, de la dénégation de soi, de ruptures, des thèmes universels sur lesquels on a déjà écrit des millions de fois ».

De la collision entre ces deux univers musicaux a priori éloignés est né un EP digital, Obvious Reasons. Six chansons qui nous séduisent par leurs mélodies accrocheuses, leurs arrangements raffinés et leur parure atemporelle. Car si la musique de My Raining Stars n’est jamais tout à fait nostalgique d’une époque révolue, elle semble rebelle à tout ancrage dans le présent. A l’écoute de ces titres, nous glissons dans un autre espace temps sans vraiment savoir dans quelle direction cette embarcation nous mènera.

En se laissant volontiers porter par d’autres courants, My Raining Stars s’est autorisé la visite de nouveaux rivages. Un détour dans nos années new wave est annoncé dès le premier titre, Pedestrian, puis sur la bouillonnante et dansante Mirror, pourtant restée sous la tutelle shoegaze. Sur plusieurs titres plane discrètement l’ombre des guitares de The Cure ou de la ligne de basse de New Order. Quelques sonorités électro s’invitent ça et là, par touches impressionnistes, en laissant une part plus belle aux claviers (Letter Box, Catch Dreamer). Des « influences assumées » selon les termes de son acolyte, qui offrent une autre palette de couleurs à ces fines compositions.

La note mélancolique que l’on retrouve en filigrane dans le répertoire de My Raining Stars est toujours présente, mais peut-être plus prégnante encore sur les deux dernières chansons qui se distinguent également par leur longueur. Catch Dreamer nous enveloppe de sa douceur aérienne. Enfin, la superbe Golden Age clôt ce EP en s’étirant dans les méandres d’une boucle de plus de quatre minutes. Les voix doublées du chanteur et les chœurs apportés par la partie féminine du duo russe Mashmellow ajoutent une teinte lumineuse, percent une trouée de ciel bleu. Une conclusion chargée de beauté et de contrastes, certainement prometteuse de vastes horizons.

Entretiens croisés avec Thierry Haliniak et Gilles Ramey

Thierry, peux-tu nous raconter la genèse de ces chansons ?

Thierry : Gilles Ramey, rencontré sur Facebook et devenu un ami, m’a envoyé un premier texte en me disant que je pouvais en disposer à ma guise. J’ai été surpris dans la mesure où il exècre 98% des groupes que j’adore et que je régurgite forcément dans mes compositions (rires). On ne s’est pas encore rencontrés dans la vraie vie mais une vraie amitié virtuelle est née. Je travaillais sur un titre que je ne parvenais pas à terminer, alors je suis passé sur ce texte en « mode récréatif ». Et le résultat lui a plu au-delà de mes espérances, du coup, il m’a envoyé un 2° texte, puis un autre et ainsi de suite. J’ai été de plus en plus inspiré par ses textes dont j’aime beaucoup le côté désenchanté. L’idée d’une sortie groupée de ces morceaux m’est venue avec Mirror. J’ai réalisé que c’était une des meilleures chansons que j’avais composées depuis un moment, alors j’ai pensé que ce serait dommage de ne pas tous les sortir dans le cadre d’un EP digital.

Gilles, quelle est l’histoire de ces textes ?

Gilles : J’ai commencé à écrire en plein milieu du premier confinement. C’était au départ un exutoire, une autothérapie. Un jour, j’ai envoyé le texte d’Obvious Reasons à Thierry en lui disant qu’il pouvait en faire de qu’il en voulait. Il m’a presque immédiatement répondu qu’il avait une mélodie idéale ! Ce qu’il en a fait correspond à l’idée que je me faisais de son appropriation. Ces textes ne m’appartiennent plus, ils n’existent qu’à travers ses chansons. Il les a transformés en couleurs, en palettes auditives avec des interprétations différentes. La musique de Thierry a cette force !

Vos univers musicaux respectifs sont a priori assez éloignés, votre collaboration peut surprendre. Y a-t-il des groupes sur lesquels vous vous rejoignez ?

Thierry : Notre association est effectivement improbable. Je suis britpopshoegazephile, Gilles est britpopshoegazephobe, il adore les chansons de plus de 5 minutes, moi celles de moins de 4 minutes… Je crois qu’il est devenu mon ami le jour où j’ai su qu’il était fan des deux premiers albums d’Oasis (rires). On se rejoint tout de même sur quelques groupes pop des années 80 ou du début des années 90 comme le label Sarah Records. Mais tu as raison, notre association au départ n’était pas d’une évidence folle sur le papier !

Gilles : Thierry écoute de plus en plus d’électro, peut-être est-ce dû à mon influence (rires). On a en commun des groupes comme Lotus Eaters, Wild Swans, New Order, The La’s, Stones Roses, Oasis, Mb83, Fieldmice, etc.

Thierry, le fait que les paroles ont été apportées par une autre personne a t-il modifié ta manière de composer ?

Pas vraiment. Je suis obsédé par les mélodies. Dans 100% des cas, je prends ma guitare électro-acoustique, je pars sur une suite d’accords et je vois si une mélodie de chant qui tient la route vient. J’ai fait la même chose avec ces titres sauf que j’avais déjà les paroles. Je me suis juste adapté aux textes de Gilles qui n’avaient pas forcément de couplet/refrain bien définis. J’ai parfois modifié l’ordre d’une phrase ou rajouté un mot s’il manquait une ou deux syllabes et si j’estimais que ça rendait service à la chanson. J’ai quand même essayé de ne pas les dénaturer. Une fois encore, j’aime beaucoup ces textes de quinquas prépubères (rires). Au final, ce n’était pas une contrainte, c’était même carrément amusant de « travailler » ainsi !

Personnellement, j’entends un peu de new wave sur certains titres (Mirror, Pedestrian…). Penses-tu que les textes de Gilles, ses goûts et sa personnalité t’ont influencé, voire ont inspiré les mélodies ?

Oui bien sûr. Gilles est un neworderphile absolu, j’ai donc essayé de lui faire plaisir avec quelques clins d’œil, par exemple certaines parties de guitares sur Pedestrian que j’ai tenté de faire sonner de façon hookiesque, à mon modeste niveau. La première version de Letter Box était très électro. J’ai essayé de la neworderiser mais avec du recul, elle m’est apparue trop « tatapoum » si bien que j’en ai complètement modifié la rythmique et la structure afin que le résultat soit plus cohérent avec le reste du EP. Au grand désarroi de Gilles… j’ai d’ailleurs frôlé l’excommunication (rires).

Deux chansons me semblent un peu différentes du registre de My Raining Stars, nettement plus mélancoliques, Catch Dreamer et Golden Age.

J’utilise souvent des accords mineurs, il en résulte une forme de mélancolie générale sur beaucoup de chansons de My Raining Stars, mais c’est peut-être exacerbé sur Golden Age et Catch Dreamer. Concernant Golden Age, je l’ai composée très rapidement, la structure est simple puisque c’est une boucle de quatre accords qui se répète à l’infini. La tessiture est basse, ces deux éléments donnent cette impression de mélancolie voire de tristesse. Catch Dreamer est elle aussi downtempo. C’est une version aboutie de deux démos sur lesquelles j’avais travaillé. Lorsque je compose plusieurs chansons dans un laps de temps court, certaines se ressemblent, comme si je cherchais inconsciemment à en obtenir la meilleure version.

Gilles, que penses-tu du résultat ?

Gilles : J’ai une véritable admiration pour Thierry. C’est un artisan de la popsong, un sacré mélodiste. Sur ce EP, il s’est prit d’une frénésie qui m’a vraiment surpris, et surtout il a assumé certaines influences. Sur ces chansons, on entend Biff Bang Pow!, Ride, Lloyd Cole, des guitares qui sonnent comme les lignes de basse de Peter Hook ce qui n’est pas pour me déplaire (sourires). Après, que le résultat me plaise ou pas c’est secondaire, il se trouve qu’in fine, cela donne un superbe EP !

Thierry, tu composes et travailles généralement seul. Est-ce que collaborer avec d’autres personnes – comme ça été le cas avec Gilles sur ces chansons – est quelque chose que tu as envie de développer ?

Depuis que j’ai quitté Nothing To Be Done au milieu des années 90, j’ai pris l’habitude de faire les choses seul et à mon rythme. J’aime vraiment me retrouver seul avec ma guitare et mon inspiration, mais avec le temps, je me suis aperçu qu’il était dommage de se priver de collaborations quand l’opportunité se présentait, comme il y a 2 ans par exemple avec Andy Jossi et ses Blue Herons. En 2019, j’ai commencé un projet parallèle avec Dan, un des deux frères d’E-grand. Le Covid nous a interrompus dans notre élan mais j’espère que ces chansons verront le jour en 2021. Désormais, j’ai décidé ne plus rien m’interdire. J’ai proposé à Maria et Egor, le talentueux duo russe de Mashmellow d’ajouter leurs voix sur Golden Age. Beth Arzy de Trembling Blue Stars dont j’adore la voix a accepté de participer à une chanson à venir. Philippe Lavergne (ex Freluquets) et moi avons le projet de composer une pure chanson pop à guitares. Pour autant, ma vraie priorité reste l’enregistrement du second album de My Raining Stars avec les frères de E-grand.

Justement, où en est la préparation du second album ?

Cet été, j’ai sélectionné une quinzaine de démos parmi toutes celles enregistrées depuis 2008, dont The way things turn et From the day she’s gone. Je les ai envoyées à mes amis d’E-Grand afin qu’on établisse ensemble une shortlist. Mes amis ont travaillé sur leurs propres albums et des événements d’ordre personnel ont jalonné cette dernière décennie, ce qui a retardé les choses. J’aurais pu sortir seul certains titres qui me tiennent à cœur mais j’ai le sentiment qu’ils méritent mieux. Grâce à leurs talents de musiciens et leurs compétences techniques, je suis convaincu que les versions finales seront terribles. La perspective de la réalisation de ce second album est vitale pour moi. Mes amis le savent, je sais qu’ils tiendront parole, alors tant pis si cela doit prendre encore quelques mois. Dès que j’ai leur feu vert, je fonce !

Discographie :

Obvious Reasons (2020)

From St Saviour To Quickwell (2008) – Believe

Crédit Photos : photos personnelles de Gilles Ramey (pochette) et de Thierry Haliniak.

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