Philip Parfitt – Mental Home Recordings

Le 2ème lp du vétéran de l’indie rock Philip Parfitt sort aujourd’hui après 6 ans de gestation. Avec sa pochette aux dessins oniriques, Mental Home Recordings, comme son nom l’indique, propose une visite dans la boîte crânienne de son auteur.

Sortie le 30 octobre.

Avec son timbre de voix similaire à Lou Reed, difficile de parler de Philip Parfitt sans évoquer son passé musical. Tout démarre en 1980 sous le nom d’Orange Disaster très influencé par la vague froide de l’époque. Après plusieurs changement de line-up, le nom change en The Perfect Disaster et le groupe traverse la décennie indie rock tranquillement jusqu’à ce que la presse anglaise les consacre en 1989 avec l’album Up. Pièce angulaire de la scène musicale anglaise de l’époque !

Près de 6 ans après son premier ouvrage, il décide de sortir de sa tanière bretonne pour nous proposer Mental Home Recordings.

L’album représente une véritable immersion dans l’univers de Philip Parfitt, le cerveau de son auteur est passé au scanner des sentiments, il explore toute la psyché et la conscience humaine dans ses moindres recoins. On ne rentre pas dans ce disque sans y être invité, il faut se laisser guider pour s’embarquer sur son rivage.

Somebody called me in ouvre le bal et de suite on se retrouve immergé dans une ballade délicieusement poétique et rêveuse sur l’absence d’un être : « Somebody called me in but there was no one, only the sound of my heart ». All Fucked up évoque le fait de retourner chez soi par le train de Londres et le plaisir de revoir sa bien aimée. If I Wake Up côtoie le même territoire que The Apartments avec sa trompette en arrière plan. Il enchaine ensuite sur un message d’espoir en forme de prière sur Don’t Wait, avec ses choeurs élégiaques et sa guitare hispanisante. Philip Parfitt dépeint les relations entre homme et femme avec une sensibilité exacerbée, sachant toujours manier les métaphores poétiques afin de rendre les morceaux si poignants.

Ses tourments intérieurs sont en permanence passer au crible pour en tirer quelque chose d’authentique. Dans John Clare il rend un bel hommage au poète du 19ème siècle. Le fond musical est composé d’un feedback qui nous donne l’impression d’être dans un rêve éveillé. L’impossibilité de communiquer entre deux êtres dans I Saw There Beside Me : « she couldn’t hear me calling, her eyes were so far away ». Deux odes à l’amour pour Bones Cold et My Love. L’album se termine par Are We Really Still The Same qui ressemble à une longue marche sous la pluie, les pieds dans la boue, un récit à la Nick Cave, un hommage à Ennio Morricone avec son refrain sifflé et sa trompette façon western movie.

Philip Parfitt n’a jamais aussi bien chanté et le démontre sur Mental Home Recordings. Un artiste faisant partie des derniers romantiques. Le spleen reste certes toujours présent; la mélancolie, la tendresse sont palpables à chaque coin de phrases.

Un disque apaisé, plus serein comme si il avait chassé quelques démons intérieurs et ouvert son coeur les années passant. Pour ma part, il réalise tout simplement l’un des disques les plus beaux de cette année.

L’interview

Pour Life On Mars ?, une entrevue sur la carrière de Philip Parfitt réalisée par Laurent à l’occasion de la sortie de son album :

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Le Premier album des Perfect Disaster est sorti en 85 sur un label Français (Kampa). A l’époque, était-ce difficile de sortir un disque en Angleterre ?

Au départ, j’ai eu un groupe qui s’appelait les Orange Disaster, nous avons sorti notre 1er 45 tours en 1980 sur notre propre label, distribué par Rough Trade. Nous sommes venus jouer à Paris au Gibus en janvier 81, cela a été ma première excursion en France. Du coup, un label Français est venu nous demander de refaire ce premier single, sorti chez Vogue. Ensuite, nous avons enregistré un album et un ep sur un label appelé Kampa. Le 4 titres incluait une reprise du Velvet Underground, dont le magnifique Over you. Le côté anecdotique, c’est qu’une photo de Lou Reed a été prise tenant une copie de ce disque qu’on lui a avait présenté quand le Velvet Underground s’apprêtait à se reformer au début des années 90.

Qui écrivait les chansons au sein du groupe ?

J’étais le principal architecte des chansons mais évidemment cela restait le fruit d’un travail combiné avec beaucoup de musiciens talentueux. J’ai arrêté le saxophone car le guitariste rythmique voulait poursuivre d’autres centres d’intérêts? J’ai donc pris sa place à la rythmique et cela m’a permis d’aider à diriger le groupe vers la direction où je voulais aller…

Quand est-ce que pour vous la musique est devenue vraiment importante ?

Dès le début pour moi, lorsque j’ai commencé à en faire, en 1973. J’étais intéressé par Lou Reed, Brian Eno, David Bowie, John Cale, Kevin Ayers, Syd Barrett et Nico : tout ce qui a précédé le mouvement Punk en Angleterre.

Aviez-vous beaucoup d’affiliation avec la scène indie rock de l’époque ?

En ce qui concerne la scène indie, il y avait des groupes que nous aimions écoutés et d’autres qui ne nous intéressaient pas. Mais oui, nous avons beaucoup joué avec les Spacemen 3 qui étaient sur la même maison de disques, nous avons tourné aussi avec les Jesus & Mary Chain, My Bloody Valentine, Weather Prophets, les Chills, la liste est longue…

L’album Up sorti en 1989 a été très bien reçu par la presse anglaise à l’époque et élu dans les meilleurs albums de l’année par le New Musical Express. Comment avez-vous perçu cet engouement ?

Up a été assez bien reçu c’est vrai, mais en réalité nous n’avons jamais été dans les « chouchous » du moment, ce qui est préférable à mon avis. A long terme, je n’ai jamais envisagé de faire un genre de musique à la mode pour une scène particulière. Cependant ne pas être le « chouchou » devient un handicap en terme d’exposition médiatique ! Tout doit rentrer dans les cases, tel genre avec tel genre. Tout ça m’ennuie vraiment. Nous avions beaucoup de choses que nous voulions faire et nous en avons réussi quand même quelques unes. La sortie tardive de l’album suivant Heaven Scent a été un problème par rapport à cette exposition médiatique, nous avons dû également annulé des tournées du fait que Jo Wiggs était partie jouer avec les Breeders et le groupe a splitté. J’ai pris la séparation du groupe comme un divorce, avec les bons et les mauvais aspects. Il y a quand même de très belles chansons sur ce disque comme ma préférée Little sister écrite pour ma fille et il y en a d’autres… que je n’aime pas du tout !

Qu’avez-vous fait après la fin de votre projet précédent Oedipussy ?

Et bien un nouvel album d’Oedipussy a été enregistré mais n’a jamais vu le jour, j’ai amassé beaucoup de chansons durant cette période, une centaine environ… Cependant je suis devenu une sorte de reclus par un exil que je me suis imposé dans la campagne française en Bretagne jusqu’à ce que les amis et les fans me persuadent de finir quelque chose et de le sortir au grand jour… et cela a donné I Am Not The Man I Used To Be, démarré en 2011 et sorti en 2014.

Comment s’est passé l’enregistrement de votre dernier l’album ? En êtes-vous satisfait ?

Oui j’en suis content, je l’ai enregistré dans mon studio personnel sur bandes puis transférées. Je suis vieille école dans ce monde actuel…

Avez-vous été aidé par d’autres musiciens ?

Peu de musiciens ont participé sauf Alex Creepy Mojo mon principal soutien. J’ai joué pratiquement de tout moi-même, guitares, piano et batterie, avec Alex à la guitare électrique et la basse. D’autres gars sont venus joués du violon, violoncelle, trompette. L’enregistrement c’est fait principalement avec l’aide d’Alex, le mixage, la production et le mastering c’est moi. Pour l’album, il ne me manque plus que des concerts pour être vraiment heureux…

Merci beaucoup à Philip Parfitt pour son temps et sa générosité accordés à Life On Mars ?.

A Turntable Friend Records

Crédit Photo : Jean-Charles Feunteun

Discographie :

Mental Home Recordings (2020)

I’m Not The Man I Used To Be (2014)

Pour écouter l’album :

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